Réhabilitation de biens anciens : Guide de prix pour optimiser les coûts d’architecte

La réhabilitation d’un bien immobilier ancien représente un investissement conséquent où les honoraires d’architecte constituent une part significative du budget. Face à des projets souvent complexes, les propriétaires se trouvent démunis pour évaluer correctement ces frais et identifier les leviers d’optimisation. Entre réglementations strictes et contraintes techniques spécifiques au bâti ancien, maîtriser ces coûts devient un enjeu majeur. Ce guide détaillé examine les facteurs influençant les tarifs des architectes, propose des stratégies d’optimisation financière et offre des repères chiffrés pour planifier efficacement votre budget de rénovation, sans compromettre la qualité ni l’authenticité de votre bien patrimonial.

Comprendre la structure des honoraires d’architecte en réhabilitation

La réhabilitation d’un bien ancien implique une connaissance approfondie des spécificités du bâti patrimonial. Les honoraires d’architecte pour ce type de projet suivent généralement une structure différente de celle applicable aux constructions neuves, en raison des incertitudes et complexités inhérentes aux bâtiments anciens.

En premier lieu, il convient de distinguer les différents modes de rémunération pratiqués par les architectes. Le plus courant reste le pourcentage sur le montant des travaux, variant généralement entre 8% et 15% pour les projets de réhabilitation, contre 6% à 10% pour le neuf. Cette différence s’explique par la charge de travail supplémentaire qu’implique l’intervention sur l’existant : diagnostics approfondis, recherches historiques, adaptation aux contraintes structurelles découvertes en cours de chantier.

Le second mode de rémunération, au forfait, s’applique pour des missions clairement définies. Un architecte peut facturer entre 2 000€ et 5 000€ pour une étude de faisabilité complète, permettant d’évaluer le potentiel d’un bien avant acquisition. La rémunération horaire constitue une troisième option, avec des tarifs oscillant entre 80€ et 150€ de l’heure selon l’expérience du professionnel et la localisation géographique.

Décomposition des missions et impact sur les coûts

La mission complète d’un architecte se décompose en phases distinctes, chacune représentant un pourcentage des honoraires totaux :

  • Études préliminaires et diagnostic : 5% à 10%
  • Avant-projet sommaire (APS) : 10% à 15%
  • Avant-projet définitif (APD) : 15% à 20%
  • Dossier de demande d’autorisation : 5% à 8%
  • Études d’exécution : 15% à 25%
  • Direction de l’exécution des travaux : 35% à 45%
  • Assistance aux opérations de réception : 3% à 5%

Dans le cadre d’une réhabilitation, les phases d’études préliminaires et de diagnostic prennent une importance particulière, représentant parfois jusqu’à 15% des honoraires totaux contre 5% à 8% pour une construction neuve. Cette différence s’explique par la nécessité d’analyser finement l’état existant du bâtiment, d’identifier les pathologies potentielles et d’évaluer la compatibilité entre le projet envisagé et les contraintes structurelles.

Les facteurs géographiques influent considérablement sur les tarifs pratiqués. À Paris et en Île-de-France, les honoraires peuvent atteindre 15% à 18% du montant des travaux pour une réhabilitation complexe, tandis qu’en région, ils oscillent généralement entre 10% et 14%. Cette variation s’explique tant par les différences de coût de la vie que par les contraintes réglementaires plus strictes dans certaines zones urbaines ou protégées.

Évaluer précisément vos besoins pour maîtriser le budget architectural

Avant de solliciter un architecte, définir avec précision l’étendue de votre projet de réhabilitation constitue une étape fondamentale pour optimiser les coûts. Une vision claire et détaillée permet de circonscrire la mission du professionnel aux prestations réellement nécessaires, évitant ainsi les suppléments d’honoraires liés aux modifications du programme en cours de conception.

Commencez par établir un programme fonctionnel précis, listant les espaces souhaités, leurs dimensions approximatives et leurs interactions. Ce document, qui servira de base au travail de l’architecte, peut faire économiser jusqu’à 10% sur ses honoraires en réduisant le nombre d’allers-retours lors de la phase de conception. Pour un bien de 150m², consacrer une dizaine d’heures à cette réflexion préalable représente un investissement judicieux.

Parallèlement, réalisez un audit technique préliminaire du bâtiment. Bien que moins approfondi que celui d’un professionnel, cet examen permet d’identifier les contraintes majeures et d’orienter la réflexion. Documenter l’état existant (photographies, mesures approximatives, relevé des désordres visibles) facilitera le travail de l’architecte et réduira le temps nécessaire aux études préliminaires. Cette démarche peut diminuer de 3% à 5% le coût de cette phase.

Déterminer le niveau d’intervention architectural requis

Tous les projets de réhabilitation ne nécessitent pas le même degré d’implication de l’architecte. En fonction de la complexité du projet, différents niveaux d’intervention peuvent être envisagés :

  • Mission de conseil ponctuel : 500€ à 1 500€ pour une journée de consultation
  • Mission d’étude préliminaire : 2 000€ à 5 000€ selon la surface
  • Mission de conception sans suivi d’exécution : 5% à 8% du montant des travaux
  • Mission complète : 10% à 15% du montant des travaux
  • Mission spécifique patrimoine protégé : 12% à 18% du montant des travaux

Pour les projets de rénovation simples n’impliquant pas de modification structurelle majeure, une mission partielle peut suffire. L’architecte intervient alors uniquement pour la conception et l’obtention des autorisations administratives, permettant une économie de 30% à 40% par rapport à une mission complète. Le suivi des travaux peut être assuré directement par le maître d’ouvrage ou par un maître d’œuvre d’exécution, généralement moins coûteux.

À l’inverse, les bâtiments classés ou situés en secteur sauvegardé exigent l’intervention d’un architecte spécialisé dans le patrimoine, dont les honoraires se situent dans la fourchette haute. Cette expertise spécifique, bien que plus onéreuse, garantit le respect des contraintes patrimoniales et limite les risques de refus d’autorisation ou de malfaçons coûteuses à corriger.

Prenons l’exemple d’une maison de maître de 200m² nécessitant une réhabilitation complète estimée à 350 000€ HT. Une mission complète d’architecte à 12% représenterait 42 000€ HT. En optant pour une mission partielle limitée à la conception et aux autorisations administratives (7%), le coût serait ramené à 24 500€ HT, soit une économie de 17 500€ HT.

Stratégies de négociation et d’optimisation des contrats d’architecte

La négociation du contrat avec votre architecte constitue un levier majeur d’optimisation financière. Contrairement aux idées reçues, les honoraires ne sont pas figés et peuvent faire l’objet d’ajustements, à condition d’adopter une approche constructive et transparente avec le professionnel.

En premier lieu, sollicitez plusieurs devis comparables. Pour un projet de réhabilitation d’un bien ancien, consultez idéalement trois à cinq architectes possédant une expertise dans ce domaine spécifique. Cette mise en concurrence permet non seulement d’identifier le spectre tarifaire applicable à votre projet, mais surtout d’évaluer les différences d’approche et de compréhension de vos besoins. Les écarts de prix peuvent atteindre 20% à 30% pour des prestations similaires.

Lors de la négociation, concentrez-vous sur la structure même des honoraires plutôt que sur le taux global. Proposez par exemple un système de rémunération mixte, combinant un forfait pour les phases préliminaires et un pourcentage réduit pour les phases d’exécution. Cette formule peut générer une économie de 5% à 10% sur le montant total des honoraires, tout en sécurisant le budget des études préalables.

Clauses contractuelles stratégiques et planification des paiements

Le contrat d’architecte contient plusieurs clauses financières qui méritent une attention particulière :

  • Clause d’actualisation des honoraires en fonction de l’évolution du coût des travaux
  • Modalités de rémunération des études complémentaires
  • Conditions de résiliation et indemnités associées
  • Échéancier de paiement des honoraires
  • Définition précise du périmètre des prestations incluses

La clause d’actualisation des honoraires mérite une vigilance particulière. Traditionnellement, les honoraires calculés en pourcentage évoluent en fonction du coût final des travaux. Cette disposition peut entraîner une augmentation significative si le budget initial est dépassé, même pour des raisons indépendantes des choix de conception. Négociez un plafonnement de cette actualisation ou une exclusion des dépassements non imputables à l’architecte (découvertes imprévues, évolution réglementaire en cours de projet).

L’échéancier de paiement constitue également un outil d’optimisation financière. Plutôt qu’un paiement linéaire réparti sur la durée du projet, privilégiez une pondération favorisant les phases tardives, lorsque la majeure partie du travail de l’architecte a été réalisée. Un échéancier prévoyant 30% des honoraires avant le dépôt du permis, 30% jusqu’au démarrage des travaux et 40% pendant le chantier permet de préserver votre trésorerie sans pénaliser le professionnel.

Pour un projet de rénovation d’une ferme ancienne estimé à 280 000€ HT, avec des honoraires d’architecte à 11% (30 800€ HT), une négociation efficace peut ramener ce montant à environ 26 000€ HT, soit une économie de près de 5 000€. Cette réduction peut être obtenue en combinant une légère diminution du taux (de 11% à 10%) et une modification du mode de calcul excluant certains postes de travaux simples (comme les finitions standard) de l’assiette de calcul des honoraires.

Enfin, n’hésitez pas à proposer des contreparties non financières, comme un délai de paiement plus confortable ou une visibilité accrue du projet (publication, visites). Ces éléments peuvent inciter l’architecte à consentir un effort tarifaire, particulièrement pour les projets présentant un intérêt architectural marqué ou une valeur patrimoniale significative.

Modulation des missions selon les spécificités du patrimoine ancien

La réhabilitation d’un bien ancien nécessite une approche spécifique, tenant compte de la valeur patrimoniale du bâtiment et des contraintes techniques particulières. Les honoraires d’architecte varient considérablement selon la nature du bien et son niveau de protection, avec des écarts pouvant atteindre 50% entre une rénovation standard et l’intervention sur un monument historique.

Pour un bâtiment classé ou inscrit aux monuments historiques, l’intervention obligatoire d’un architecte du patrimoine ou d’un architecte en chef des monuments historiques implique des honoraires majorés, généralement compris entre 14% et 18% du montant des travaux. Cette tarification supérieure se justifie par l’expertise spécifique requise, la responsabilité accrue et la complexité des procédures administratives. Le coût supplémentaire, bien que significatif, constitue une garantie contre des erreurs de conception potentiellement irréversibles sur ce patrimoine exceptionnel.

Les bâtiments situés en secteur protégé (secteur sauvegardé, ZPPAUP, site inscrit) sans être eux-mêmes classés impliquent également une expertise particulière. Les honoraires se situent généralement dans une fourchette intermédiaire, entre 12% et 15% du montant des travaux. L’architecte doit maîtriser les règlements d’urbanisme spécifiques à ces zones et dialoguer efficacement avec les Architectes des Bâtiments de France (ABF).

Adaptations tarifaires selon les typologies de bâti ancien

Au-delà du niveau de protection réglementaire, la typologie même du bâtiment influence significativement les honoraires :

  • Maison bourgeoise 19e siècle : 10% à 13% du montant des travaux
  • Bâtiment industriel reconverti : 12% à 14% du montant des travaux
  • Corps de ferme traditionnel : 11% à 13% du montant des travaux
  • Immeuble haussmannien : 12% à 15% du montant des travaux
  • Château ou manoir : 14% à 18% du montant des travaux

Pour optimiser ces coûts sans compromettre la qualité de l’intervention, une approche stratégique consiste à moduler le degré d’implication de l’architecte selon les différentes zones du bâtiment. Les espaces présentant un intérêt patrimonial majeur (façades ornementées, escaliers monumentaux, pièces de réception avec boiseries) justifient une intervention architecturale approfondie, tandis que les espaces secondaires ou déjà modifiés peuvent faire l’objet d’un traitement plus économique.

Prenons l’exemple d’un hôtel particulier de 400m² dont la réhabilitation est estimée à 650 000€ HT. En appliquant un taux d’honoraires uniforme de 13%, le coût architectural s’élèverait à 84 500€ HT. Une approche différenciée, avec un taux de 15% pour les espaces patrimoniaux (représentant 60% du budget) et 10% pour les espaces secondaires, ramènerait ce montant à 81 250€ HT, générant une économie de 3 250€ HT sans compromettre la qualité de l’intervention sur les éléments remarquables.

La répartition géographique des architectes spécialisés en patrimoine influence également les tarifs pratiqués. Dans les régions riches en patrimoine comme la Dordogne, la Provence ou la Bretagne, la concentration plus importante de professionnels qualifiés favorise une certaine modération tarifaire, avec des honoraires inférieurs de 5% à 10% par rapport aux grandes métropoles pour des prestations équivalentes.

Enfin, certains dispositifs fiscaux comme le Déficit Foncier ou la Loi Malraux permettent d’atténuer significativement l’impact financier des honoraires d’architecte dans les projets de réhabilitation patrimoniale. Ces honoraires, intégralement déductibles ou partiellement défiscalisables selon le régime applicable, peuvent voir leur coût réel réduit de 30% à 66% pour les contribuables fortement imposés.

Alternatives et complémentarités pour une architecture optimisée

Face aux coûts parfois élevés des prestations d’architecte en réhabilitation, diverses alternatives ou formules complémentaires permettent d’optimiser le budget tout en garantissant la qualité du projet. Ces approches, adaptées à différents contextes et ambitions patrimoniales, constituent des leviers d’action pertinents pour les propriétaires soucieux de maîtriser leurs investissements.

La première solution consiste à recourir à un architecte-conseil en complément d’autres intervenants. Cette formule hybride, particulièrement adaptée aux projets de taille moyenne (150-250m²), permet de bénéficier de l’expertise d’un architecte sur les aspects stratégiques (conception générale, choix patrimoniaux, dossier d’autorisation) tout en confiant la maîtrise d’œuvre d’exécution à un professionnel aux tarifs plus modérés. L’architecte intervient alors en vacation (500€ à 800€ par jour) pour 4 à 8 journées réparties sur la durée du projet, représentant un budget de 2 000€ à 6 400€, nettement inférieur aux 10-15% d’honoraires d’une mission complète.

Les architectes d’intérieur constituent une alternative pertinente pour les projets de réhabilitation ne nécessitant pas de modifications structurelles majeures. Leurs honoraires, généralement inférieurs de 20% à 30% à ceux des architectes, se situent entre 8% et 12% du montant des travaux. Cette option présente toutefois des limites réglementaires : pour les projets modifiant l’aspect extérieur du bâtiment ou créant plus de 150m² de surface, l’intervention d’un architecte demeure obligatoire.

Collaboration multi-professionnelle et formules innovantes

L’association de compétences complémentaires peut générer des économies significatives tout en enrichissant la qualité du projet. Plusieurs formules méritent d’être explorées :

  • Binôme architecte/économiste de la construction
  • Équipe architecte/bureau d’études techniques spécialisé en réhabilitation
  • Collaboration architecte/artisan d’art pour les éléments patrimoniaux
  • Partenariat architecte/designer pour optimiser les espaces intérieurs

Le recours à un économiste de la construction spécialisé en réhabilitation (honoraires de 1,5% à 3% du montant des travaux) permet souvent de réduire l’enveloppe globale du projet de 5% à 10% grâce à une optimisation fine des choix techniques et des matériaux. Cette économie compense largement le coût de son intervention tout en soulageant l’architecte d’une partie du travail technique, justifiant une négociation à la baisse de ses honoraires.

Les cabinets d’architecture proposant des formules forfaitaires pour certaines typologies de rénovation constituent une option de plus en plus répandue. Ces offres, basées sur une standardisation partielle du processus de conception, permettent des économies substantielles pour des projets récurrents comme la rénovation d’appartements haussmanniens ou la réhabilitation de maisons de ville traditionnelles. Les tarifs forfaitaires varient généralement entre 10 000€ et 25 000€ selon la surface et la complexité, soit une réduction de 15% à 30% par rapport aux honoraires proportionnels.

L’autopromotion assistée représente une approche innovante pour les réhabilitations ambitieuses. Le propriétaire assume lui-même le rôle de maître d’ouvrage, en s’appuyant sur un architecte intervenant en mission de conseil approfondi (15 à 25 journées facturées 600€ à 800€/jour) et sur des consultants spécialisés mobilisés ponctuellement. Cette formule, bien que chronophage pour le propriétaire, permet de réduire les coûts d’ingénierie de 30% à 40% tout en conservant une haute qualité architecturale.

Pour un projet de réhabilitation d’une maison de village de 180m² avec un budget travaux de 320 000€ HT, le coût d’une mission classique d’architecte à 12% s’élèverait à 38 400€ HT. Une approche alternative combinant un architecte en mission partielle (conception et autorisations, 6% soit 19 200€ HT), un économiste (2%, soit 6 400€ HT) et un conducteur de travaux indépendant (3%, soit 9 600€ HT) totaliserait 35 200€ HT, générant une économie de 3 200€ HT tout en bénéficiant d’une expertise plus diversifiée.

Maximiser la valeur ajoutée de l’architecte au-delà du simple coût

Au-delà de l’aspect purement financier, l’intervention d’un architecte dans un projet de réhabilitation génère une valeur ajoutée considérable, souvent difficile à quantifier mais déterminante pour la réussite du projet et la valorisation du bien à long terme. Cette dimension qualitative mérite d’être intégrée dans l’équation économique globale.

En premier lieu, l’expertise d’un architecte en matière de réhabilitation patrimoniale permet fréquemment d’identifier des potentiels insoupçonnés dans le bâti ancien. Qu’il s’agisse de volumes à révéler, de circulations à fluidifier ou d’éléments patrimoniaux à mettre en valeur, cette vision experte peut accroître significativement la valeur finale du bien. Des études immobilières montrent qu’une réhabilitation réussie sous la direction d’un architecte génère une plus-value moyenne de 15% à 25% par rapport à une rénovation standard, soit bien plus que le surcoût des honoraires.

La maîtrise des coûts de construction constitue un autre apport majeur. Contrairement aux idées reçues, l’architecte joue un rôle déterminant dans l’optimisation budgétaire du projet. Son expertise permet d’éviter les erreurs conceptuelles coûteuses, de dimensionner justement les interventions techniques et de séquencer efficacement les travaux. Pour une réhabilitation complexe, cette optimisation représente généralement une économie de 8% à 12% sur le coût global des travaux.

Sécurisation juridique et technique du projet patrimonial

L’intervention d’un architecte sécurise considérablement le parcours de réhabilitation, tant sur le plan juridique que technique :

  • Conformité garantie aux réglementations patrimoniales et urbanistiques
  • Anticipation des contraintes techniques spécifiques au bâti ancien
  • Prévention des litiges avec les entreprises intervenantes
  • Documentation précise de l’état initial et des interventions réalisées
  • Assurance professionnelle couvrant les erreurs de conception

Cette sécurisation a une valeur économique réelle, particulièrement dans les secteurs protégés où les risques administratifs sont élevés. Un refus d’autorisation ou une obligation de remise en état peut engendrer des surcoûts considérables, sans compter les délais supplémentaires. L’expertise d’un architecte réduit ce risque de 80% à 90%, représentant une assurance implicite dont la valeur dépasse souvent plusieurs milliers d’euros.

La dimension temporelle constitue un autre facteur économique souvent négligé. Un architecte expérimenté optimise le calendrier d’intervention, réduisant la durée globale du chantier de 15% à 30% par rapport à un projet auto-géré. Cette compression des délais génère des économies substantielles sur les frais financiers intercalaires, les locations temporaires éventuelles et la période d’immobilisation du capital. Pour un projet de 350 000€, une réduction de trois mois du calendrier représente facilement 5 000€ à 8 000€ d’économies indirectes.

La valorisation patrimoniale du bien constitue probablement l’apport le plus significatif à long terme. Un architecte spécialisé saura préserver et mettre en valeur les caractéristiques historiques du bâtiment tout en l’adaptant aux usages contemporains. Cette approche respectueuse mais créative génère une plus-value patrimoniale durable, contrairement aux rénovations standardisées qui banalisent souvent le bâti ancien. Des études immobilières montrent que les biens réhabilités avec une approche architecturale qualitative se valorisent en moyenne 3% à 5% plus rapidement que le marché général sur une période de dix ans.

Prenons l’exemple d’une maison de maître de 250m² acquise 450 000€ et nécessitant 380 000€ de travaux. Une mission d’architecte à 12% représente 45 600€. La plus-value générée par une conception architecturale qualitative peut atteindre 15% à 20% sur la valeur finale, soit 125 000€ à 166 000€, largement supérieure au coût des honoraires. Cette plus-value patrimoniale, bien que différée, constitue un retour sur investissement considérable.

L’approche stratégique : investir judicieusement pour valoriser son patrimoine

La réhabilitation d’un bien ancien représente bien plus qu’une simple opération immobilière : elle s’inscrit dans une démarche de préservation et de valorisation du patrimoine architectural. Dans cette perspective, les honoraires d’architecte ne constituent pas une simple dépense mais un investissement stratégique dont l’impact se mesure sur le long terme.

L’approche véritablement optimale consiste non pas à minimiser systématiquement les coûts d’architecte, mais à calibrer judicieusement cet investissement en fonction de la valeur patrimoniale du bien et de ses perspectives de valorisation. Pour un bâtiment à forte valeur historique ou architecturale, consacrer 12% à 15% du budget à la conception architecturale représente un ratio pertinent, garantissant une intervention respectueuse et créative. À l’inverse, pour un bien plus ordinaire, une fourchette de 8% à 10% peut suffire à assurer une réhabilitation de qualité.

La temporalité du projet constitue un facteur déterminant dans cette approche stratégique. Une réhabilitation conçue dans une perspective de conservation à long terme (résidence principale familiale, bien patrimonial transmis aux générations futures) justifie un investissement architectural plus conséquent qu’un projet d’investissement locatif à horizon de revente moyen terme. Dans le premier cas, la durabilité des solutions et leur adéquation profonde avec l’esprit du lieu priment sur les considérations de rentabilité immédiate.

Financement optimisé et valorisation patrimoniale

Pour financer intelligemment les honoraires d’architecte, plusieurs leviers peuvent être activés :

  • Intégration des honoraires dans l’assiette des prêts immobiliers
  • Mobilisation des dispositifs fiscaux spécifiques au patrimoine
  • Échelonnement stratégique des paiements sur plusieurs exercices fiscaux
  • Combinaison avec des subventions patrimoniales (Fondation du Patrimoine, DRAC)
  • Valorisation des économies d’énergie générées par une conception optimisée

Les dispositifs fiscaux spécifiques au patrimoine ancien constituent des leviers particulièrement efficaces. La Loi Malraux permet une réduction d’impôt pouvant atteindre 30% des dépenses engagées dans les secteurs sauvegardés, incluant les honoraires d’architecte. Pour un contribuable imposé dans la tranche marginale à 41%, cette disposition peut réduire le coût réel des honoraires de près de moitié. De même, le Déficit Foncier permet d’imputer intégralement ces honoraires sur les revenus fonciers, générant une économie fiscale substantielle pour les propriétaires-bailleurs.

L’articulation entre la mission d’architecte et les interventions d’autres spécialistes du patrimoine peut générer des synergies économiques significatives. La collaboration avec un historien ou un archéologue du bâti (honoraires forfaitaires de 1 500€ à 4 000€ selon l’ampleur de l’étude) fournit des informations précieuses qui réduisent la phase d’investigation de l’architecte et orientent judicieusement les choix de réhabilitation. De même, l’intervention précoce d’un bureau d’études structures spécialisé en bâti ancien (3 000€ à 8 000€ selon la complexité) sécurise les options architecturales et prévient les surprises coûteuses en phase chantier.

Pour un manoir breton du 17e siècle nécessitant 450 000€ de travaux, l’approche stratégique pourrait combiner : un architecte du patrimoine en mission complète (15%, soit 67 500€), un historien du bâti (3 500€), un bureau d’études structures spécialisé (7 000€) et un économiste de la construction (2%, soit 9 000€). L’investissement total en ingénierie atteindrait 87 000€, soit 19,3% du budget travaux. Ce ratio, apparemment élevé, garantit une réhabilitation respectueuse et techniquement maîtrisée, générant une plus-value patrimoniale estimée à 25-30% de la valeur finale, soit 150 000€ à 180 000€.

La numérisation du patrimoine constitue un investissement complémentaire pertinent. Un relevé 3D par scanner laser (4 000€ à 12 000€ selon la surface) fournit une documentation précise de l’état initial, facilitant le travail de l’architecte tout en constituant une archive patrimoniale valorisable. Cette technologie permet d’optimiser la phase d’étude, générant une économie de 5% à 8% sur cette portion des honoraires tout en améliorant la précision du projet.

Enfin, la communication autour du projet de réhabilitation peut générer des retombées économiques indirectes. Un projet architectural de qualité, documenté et valorisé (publications, participation à des événements comme les Journées du Patrimoine), renforce significativement l’attractivité et la valeur du bien. Cette dimension, difficilement quantifiable mais réelle, constitue un retour sur investissement complémentaire des honoraires d’architecte.